Droit de préemption : règles et délais
Droit de préemption de la mairie
Compromis signé, acheteur trouvé, prix acté — et pourtant, la vente n'est pas encore certaine. Tant que la mairie n'a pas répondu, elle peut se substituer à l'acquéreur et acheter le bien à sa place, aux conditions mêmes du compromis. Ce mécanisme, le droit de préemption urbain (DPU), concerne la quasi-totalité des ventes en zone urbaine, même s'il n'est exercé, en pratique, que dans une infime minorité des cas.
Le principe : la mairie peut se substituer à l'acheteur
Institué par les communes dotées d'un plan local d'urbanisme, sur tout ou partie des zones urbaines et à urbaniser, le droit de préemption urbain permet à la commune — ou à un établissement public délégataire — d'acheter en priorité un bien mis en vente, aux lieu et place de l'acquéreur pressenti. L'article L. 210-1 du code de l'urbanisme encadre strictement cette faculté : elle ne peut être exercée qu'en vue de la réalisation d'une action ou opération d'aménagement d'intérêt général — logement social, équipement public, renouvellement urbain, préservation du patrimoine, lutte contre l'habitat indigne, espaces verts. Une préemption sans projet précis et réel est illégale et peut être annulée par le juge administratif.
Comment ça marche : la déclaration d'intention d'aliéner
Avant toute vente définitive d'un bien situé en zone de préemption, le notaire adresse à la mairie une déclaration d'intention d'aliéner (DIA), mentionnant le prix, les conditions de la vente et la consistance du bien. En pratique, le compromis est signé sous condition suspensive de non-préemption : la vente ne devient définitive qu'une fois cette étape purgée. À réception d'une DIA complète, la commune dispose d'un délai de deux mois pour se prononcer ; son silence à l'expiration de ce délai vaut renonciation à l'exercice du droit (article L. 213-2 du code de l'urbanisme), et la vente peut alors se poursuivre normalement.
Une demande de pièces complémentaires ou une visite du bien par les services municipaux suspend ce délai, qui reprend ensuite pour une durée qui ne peut être inférieure à un mois. Tant que la commune n'a pas notifié sa décision de préempter, le vendeur conserve la possibilité de retirer sa déclaration.
Trois issues possibles
- La renonciation. C'est de très loin le cas le plus fréquent — la commune exerce son droit dans moins de 1 % des ventes situées en zone de préemption à Paris. La vente se poursuit alors aux conditions prévues au compromis.
- La préemption au prix et aux conditions indiqués. L'acquéreur initial est évincé et le vendeur est en principe tenu de céder le bien à la commune, aux conditions mêmes qu'il avait acceptées avec son acheteur.
- Une offre à prix révisé. Si la commune conteste le prix, le vendeur dispose d'un délai de deux mois pour accepter le nouveau prix, retirer son bien de la vente, ou saisir le juge de l'expropriation pour une fixation judiciaire du prix (article R. 213-10 du code de l'urbanisme). En cas d'accord, la commune doit régler le prix dans les six mois suivant la signature de l'acte.
Le DPU renforcé : une vigilance particulière en zone parisienne
Par délibération motivée, une commune peut instituer un droit de préemption urbain renforcé sur certains secteurs. Ce régime étend le champ de la préemption à des opérations normalement exemptées : ventes de lots de copropriété, donations entre vifs notamment. À Paris, plusieurs périmètres sont concernés par ce DPU renforcé — un point à vérifier systématiquement auprès du service urbanisme avant toute mise en vente, y compris pour un simple lot de copropriété qui échapperait au régime de droit commun.
Ce qui échappe, en principe, au droit de préemption
Certaines opérations restent hors du champ du DPU simple : les ventes entre parents proches (ascendants, descendants, jusqu'à un degré de parenté déterminé) ou entre époux et partenaires de Pacs, les donations, les apports en société, ainsi que les licitations entre coïndivisaires. Ces exemptions ne s'appliquent en revanche pas systématiquement dans les secteurs soumis à un DPU renforcé, d'où l'importance de vérifier le régime applicable à l'adresse concernée avant de considérer une opération comme automatiquement exclue.
Vendre sans DIA : un risque à ne jamais sous-estimer
Une vente conclue sans déclaration préalable, ou avant l'expiration du délai laissé à la commune pour se prononcer, encourt la nullité. C'est une des raisons pour lesquelles cette formalité est systématiquement prise en charge par le notaire, et jamais laissée à l'appréciation des parties — y compris dans les ventes de gré à gré entre particuliers, où la vigilance doit rester la même.
Après une préemption : le droit de rétrocession
Si la commune, une fois le bien acquis par préemption, ne l'affecte pas à l'usage ayant motivé la décision — ou décide de le revendre ou de changer sa destination avant d'y avoir procédé — l'ancien propriétaire bénéficie d'un droit de rétrocession : la commune doit lui proposer de racheter le bien en priorité. Ce mécanisme s'apprécie généralement dans un horizon de cinq ans après la préemption, période au terme de laquelle l'absence de réalisation du projet déclaré ouvre ce droit de priorité au bénéfice du vendeur évincé.
Contester une décision de préemption
La décision de préempter, comme celle de renoncer, peut faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir devant le tribunal administratif, dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Le contrôle du juge porte en particulier sur la réalité et la précision du projet d'intérêt général invoqué par la commune au moment de sa décision : une motivation trop vague ou un projet resté à l'état d'intention peut justifier l'annulation de la préemption.
L'impact pratique sur le calendrier d'une vente
Pour toute transaction en zone urbaine soumise au DPU, il faut intégrer un délai incompressible d'environ deux à trois mois entre le compromis et l'acte authentique, le temps que la mairie se prononce. Ce délai n'est ni négociable ni compressible, et doit être anticipé dès la rédaction du compromis pour éviter toute déconvenue de calendrier, notamment lorsque l'acheteur a lui-même des contraintes de date (fin de bail, financement à taux verrouillé).
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Foire aux questions
Qu'est-ce que le droit de préemption urbain ?
C'est la faculté, pour une commune dotée d'un PLU, de se substituer à l'acquéreur pressenti lors de la vente d'un bien situé en zone urbaine ou à urbaniser, afin de réaliser un projet d'intérêt général (logement social, équipement public, renouvellement urbain...).
Combien de temps la mairie a-t-elle pour se prononcer ?
Deux mois à compter de la réception de la déclaration d'intention d'aliéner (DIA) complète. Passé ce délai, son silence vaut renonciation et la vente peut se poursuivre aux conditions prévues.
Que se passe-t-il si la mairie propose un prix inférieur ?
Le vendeur dispose de deux mois pour accepter ce nouveau prix, retirer son bien de la vente, ou saisir le juge de l'expropriation pour une fixation judiciaire du prix.
Le droit de préemption s'applique-t-il à toutes les ventes ?
Non : les ventes entre proches parents, les donations, les apports en société et les licitations entre coïndivisaires sont en principe exclues, sauf dans les secteurs soumis à un droit de préemption urbain renforcé, où certaines de ces exemptions ne jouent plus.
Que se passe-t-il si la commune n'utilise finalement pas le bien préempté ?
L'ancien propriétaire bénéficie d'un droit de rétrocession : la commune doit lui proposer de racheter le bien en priorité si elle ne l'affecte pas à l'usage ayant justifié la préemption, généralement apprécié sur un horizon de cinq ans.
Peut-on contester une décision de préemption ?
Oui, par un recours pour excès de pouvoir devant le tribunal administratif, dans les deux mois de la notification. Le juge vérifie notamment que la commune justifiait d'un projet réel et suffisamment précis au moment de sa décision.

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